CULTURE. Une exposition illustre des dizaines de projets architecturaux contemporains exemplaires pour leurs qualités technique, écologique et esthétique. Une mise en scène de matériaux biosourcés et géosourcés, millénaires, qui encourage l'innovation architecturale et promeut la préservation des savoir-faire.

Revenir aux fondements de l'architecture en s'intéressant et magnifiant les ressources, pour favoriser des mains-d'œuvre traditionnelles, respecter l'environnement et développer une économie locale. Telle est la grande idée que souhaite partager l'exposition gratuite "Materia Architectures", organisée jusqu'au 26 avril 2025 par le Pavillon de l'Arsenal, Les Grands Ateliers, amàco et les Compagnons du Devoir au sein du tiers-lieu Césure, dans le Ve arrondissement de Paris.

 

Quarante bâtiments dans le monde, faits de pierre, terre et fibres végétales, tous finalistes du prix Materia Awards, sont racontés à travers leurs enjeux architecturaux, environnementaux et techniques. L'exposition, tactile, associe ces matériaux traditionnels et met l'accent sur la réhabilitation du bâti existant. Des tables de matières permettent aux visiteurs de découvrir les différents matériaux par le toucher (granit, calcaire, terre blanche ou ocre, etc.) et outils.

 

Esthétisme, technique et écologie

 

L'installation s'adresse tout autant aux professionnels qu'au grand public. "Nous voulons donner envie et inspirer les visiteurs", déclare à Batiactu Dominique Gauzin-Müller, architecte, co-commissaire de l'exposition et co-fondatrice du Mouvement pour une frugalité heureuse et créative. "Elle montre le courage des maîtres d'ouvrage qui ont fait le choix de ces matériaux, la créativité des concepteurs et le savoir-faire des artisans et entrepreneurs."

 

Pour les commissaires, il ne suffit pas que le projet "soit écologiquement pertinent et socialement engagé, il faut qu'il soit beau. C'est cette esthétique qui convainc." Dominique Gauzin-Müller prend l'exemple d'une installation architecturale en briques de champignons devant le Museum of Modern Art (MoMA) à New York. "Ce matériau étonne les visiteurs, il est pourtant l'objet de recherches dans plusieurs centres européens, notamment à l'École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille."

 

Les matériaux bio et géosourcés "sont des sujets de nombreux doctorats, se réjouit l'architecte. Les matériaux alternatifs, comme le riz de Camargue ou la paille de lavande présents dans le sud de la France, intéressent."

 

Formation

 

Ce ne sont pas les seuls matériaux alternatifs surprenants mis en œuvre en France. À l'ouest de l'Hexagone, des milliers de coquilles Saint-Jacques ont été nettoyées et utilisées pour la couverture de Pecten Maximus, un refuge pour pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, "permettant de valoriser un déchet abondant dans notre pays", affirme l'architecte, montrant d'un geste un prototype du revêtement de la structure exposé.

 

Exposition Materia Architectures
Une quarantaine de bâtiments à l'architecture exemplaire est présentée. © L-A F. pour Batiactu

 

Ces architectures sont l'occasion de promouvoir des savoir-faire traditionnels et d'encourager des acteurs locaux à se former. C'est ce qu'a permis le centre médico-chirurgical à Kaya (Burkina Faso), livré en 2024. L'agence d'architecture Nomos a dessiné une extension au campus selon un principe constructif modulaire et évolutif. Une trame de murs porteurs en adobe et latérite reprend des voûtes nubiennes en adobe. La construction a été réalisée par 20 maçons locaux formés par l'association La Voûte nubienne.

 

À Bago, en Birmanie, pays en proie à une guerre civile, l'association Housing Now a développé des unités d'habitation en bambou, une ressource locale, abondante et renouvelable. La communauté a participé à l'assemblage des éléments sous la supervision de l'équipe de maîtrise d'œuvre. "Cette éco-construction vise à permettre aux habitants de reproduire ce type d'habitat et à renforcer leurs compétences en construction", indique Dominique Gauzin-Müller.

 

Innovation

 

La question sociale est toujours présente dans ces opérations. "Le nouveau marché couvert municipal de Saint-Dizier, composé de pierre calcaire de Meuse et d'épicéa des Vosges, joue un rôle central dans le développement urbain en dynamisant le commerce local", souligne-t-elle.

 

À Paris, la bagagerie Troubadour, dans le XIVe arrondissement, permet aux sans-abris de conserver leurs bagages en sécurité. La coopérative Grand Huit a imaginé une extension en bois de réemploi, isolée par l'extérieur en bottes de paille par l'entreprise d'insertion Travail & Vie formée par LGM Construction.

 

Il est aussi question d'innovation dans cette exposition. Le projet régénératif La Bricole, toujours dans la capitale française, "repousse les limites de la fin de vie des matériaux", présente la co-commissaire. Des biosourcés de réemploi sont mis en œuvre, notamment du béton de chanvre.

 

"Materia Awards favorise l'idée d'une architecture frugale, conclut Dominique Gauzin-Müller. La démocratisation de l'utilisation des matériaux biosourcés et géosourcés, peu gourmands en énergie et disponibles en quantité sur la planète, participe grandement à la réduction de l'exploitation des ressources non-renouvelables et limite les besoins énergétiques des bâtiments. Ils sont incontournables pour penser l'architecture post-carbone et contribuent à la transition écologique et sociale." L'exposition et le prix s'accompagnent d'un bel ouvrage de 248 pages, baptisé "Materia Architectures" (éditions du Pavillon de l'Arsenal).

 

 

 

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