PROTOCOLE SANITAIRE. Alors que l'exécutif sursoit toujours à reconfiner, Élisabeth Borne a réaffirmé que le télétravail doit s'imposer partout où il est possible. La ministre du Travail appelle donc les entreprises à faire un effort supplémentaire en la matière, une situation toutefois délicate car nombre de salariés sont désireux de revenir sur leur lieu de travail. Le ministère a précisé que le BTP sera particulièrement surveillé pour la stricte application des mesures de prévention.
Le télétravail doit redevenir la norme. C'est le message qu'a martelé le Gouvernement lors de la conférence de presse du Premier ministre Jean Castex, ce 4 février 2021 au soir, où un point d'étape a été fait sur la situation sanitaire et la stratégie de vaccination des pouvoirs publics. Aux côtés du locataire de Matignon, la ministre du Travail est revenue plus en détails sur le télétravail, en proie à une "érosion" progressive depuis la fin de l'année dernière. D'après des chiffres collectés par l'exécutif, 64% des salariés pouvant télétravailler l'ont fait de manière partielle durant la semaine du 25 au 29 janvier, alors qu'il étaient 70% début novembre. De son côté, Élisabeth Borne a ajouté que "30% seulement de ceux qui peuvent télétravailler à 100% le faisaient, contre 45% début novembre". De même, "le risque de contamination est diminué de 20% pour les personnes qui sont en télétravail partiel et de 30% pour celles qui sont à temps complet", selon la ministre.
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L'immobilier parmi les secteurs où "un relâchement plus prononcé" a été constaté
Qui a en outre visé certains secteurs d'activité au sein desquels "un relâchement plus prononcé" sur le télétravail a été constaté, à savoir les activités immobilières et juridiques, la banque, l'assurance, la communication ainsi que l'informatique. "Je réunirais donc les branches professionnelles concernées en début de semaine prochaine pour m'assurer que les mesures nécessaires auront été prises", a-t-elle fait valoir, en expliquant avoir donné des consignes en ce sens à ses services déconcentrés pour sensibiliser davantage les employeurs.
"Télétravailler partout où c'est possible devient impératif" pour lutter contre l'épidémie de Covid, a souligné pour sa part Jean Castex, tout en continuant à écarter - pour l'heure - un nouveau confinement. "Il y a encore trop d'entreprises où le télétravail serait possible, mais n'existe pas du tout ou à des niveaux très faibles", a-t-il déploré, avant d'inviter les administrations publiques à "montrer l'exemple", selon des propos rapportés par l'AFP. Avant qu'Élisabeth Borne ne hausse le ton : "Je sais que nous demandons un effort considérable aux salariés et pour beaucoup, le télétravail est difficile à vivre, mais nous n'avons pas le choix. Il faut nous remobiliser."
Des recommandations, mais pas d'obligations
Sauf que le sujet reste délicat, car nombre d'employeurs - et surtout de salariés - ressentent de plus en plus les limites - voire les risques - du système et sont désireux de revenir sur leur lieu de travail pour retrouver un semblant de vie sociale. En pratique, le Gouvernement ne peut pas faire grand-chose pour contraindre les employeurs : si le protocole sanitaire se compose de recommandations adressées aux entreprises, celles-ci ne sont en aucun cas soumises à des obligations. De fait, l'exécutif souhaite réduire la part de salariés ne télétravaillant pas du tout, tout en incitant "les salariés qui télétravaillent aujourd'hui un, deux ou trois jours par semaine, [à faire] au moins un jour de télétravail en plus", a indiqué Élisabeth Borne. Assurant que "chaque jour compte", la ministre a toutefois assuré que le retour un jour par semaine en entreprise "doit rester une soupape en cas de nécessité" pour les salariés qui travaillent intégralement.
Mais la marge de manoeuvre demeure faible : "La verbalisation sur ces sujets n'est pas facile : on doit d'abord faire une analyse précise des risques encourus, alerter d'abord l'employeur puis, si on estime que les salariés sont en danger, on peut faire une mise en demeure", explique un acteur de terrain à nos confrères des Échos. Les élus du personnel et les Comités sociaux et économiques (CSE) sont donc invités à (re)faire passer le message. "S'il n'y aura pas de contrôle systématique de l'Inspection du travail qui n'en a pas les moyens, les représentants du personnel devraient en tout cas rencontrer une écoute particulière auprès d'elle dans la période en cas d'employeur récalcitrant", conclut le quotidien économique.
Le BTP sera particulièrement surveillé pour la stricte application des mesures de prévention
"Vigilance accrue en cas de situations de détachement"